Guadeloupe : un assassinat et des émeutes
Le pire est donc arrivé aux toutes premières heures de la journée de mercredi.
J. Bino, fonctionnaire du trésor public, syndicaliste CGTGuadeloupe et militant du LKP, est mort par balles aux environs de minuit dans son véhicule à proximité d’un barrage érigé devant la « cité Henri IV », à Pointe-À-Pitre. Contrairement à l’information qui a été diffusée, ce n’est pas une mais trois balles qui ont atteint J. Bino ; une de ces trois balles a été immédiatement mortelle.
Le passager du véhicule que conduisait J. Bino n’a pas été blessé et ne fait pas partie de la famille de la victime. Les pompiers et les forces de l’ordre ont mis entre une heure et demi et trois heures pour arriver sur les lieux selon les sources (le décès est constaté à 2h20) du fait d’une « résistance de personnes qui se trouvaient sur le site» selon les mots du procureur de Pointe-À-Pitre, qui précise par ailleurs que le véhicule tentait de passer un barrage au moment des faits. Le passager a déclaré que le véhicule s’éloignait d’un barrage en marche arrière et effectuait un demi tour quand les coups de feu ont éclatés. Y. Jégo a utilisé, lors du journal matinal de la radio « RFO Guadeloupe », le terme d’« assassinat », mais sa déclaration n’a plus été diffusée ensuite.
La répression de lundi a été suivie de deux nuits d’affrontements avec les forces de l’ordre, de pillages et d’incendies. Ces émeutes ont éclaté sur tout le territoire, mais en très grande majorité dans la région pointoise. Des « symboles du pouvoir béké » ont été pillés et/ou incendiés (enseigne « Electro-nautic » ; centre commercial « Destrelland » ; concession automobile « CAMA » ; pneus « GUP ») », ainsi que de nombreux autres magasins, commerces, bâtiments publics, etc. D’innombrables poubelles, voitures, ainsi qu’une quinzaine de maisons abandonnées ont été incendiées Des « groupes de jeunes » ont affronté, parfois avec des armes à feu, les forces de l’ordre durant les deux nuits sur une quinzaine de sites différents, de nombreux coups de feu ont été tirés à proximité de deux stations essence et l’hélicoptère de la gendarmerie a été visé dans la nuit de mardi à mercredi à Baie Mahaut.
La journée de mardi a apporté un démenti cinglant à la répression de lundi puisque de nombreux barrages ont été érigés et ont quasiment bloqué tout trafic sur l’île. Parfois sur les très nombreuses carcasses fumantes de la nuit, souvent avec le matériel disponible à portée de main : arbres, poubelles, rochers, glissière de sécurité, voitures, frigo, panneaux de signalisation, lampadaires. Parfois, voitures, poubelles et pneus sont enflammés. Ces barrages sont tenus par des membres du LKP mais également, et c’est nouveau, par la population, notamment dans les Grands Fonds (Grande Terre) et entre La Boucan et St Rose (Basse Terre). Certains barrages sont évacués à l’approche des forces de l’ordre, puis reconstitués une centaine de mètres plus loin. Les affrontements recommencent à la tombée de la nuit.
Ce mercredi matin, il y a un mort et six blessés (par balles). La Guadeloupe se réveille sous le choc de la mort de J. Binot et des images des violences de la nuit. Tout au long de la journée, les acteurs de la crise appèlent au calme, à la responsabilité et à la désignation des responsables. Les barrages routiers se sont multipliés, le chiffre de quatre-vingt est évoqué, contre huit lors de la répression de lundi. Certains sont tenus par les membres du LKP, d’autres par la population, quelques uns par des « jeunes ». La circulation est très difficile voir impossible sur de nombreux axes, même pour les véhicules prioritaires.
Le bilan de cette vingt neuvième journée de grève est donc dramatiquement lourd. Les heures, les jours et les semaines qui viennent cristallisent plus que jamais les inquiétudes des guadeloupéens, que les prises de paroles de M. Alliot Marie (qui a évoqué le « LPK ») et N. Sarkozy (qui a parlé de la Guadeloupe comme d’un « TOM ») n’ont pas levées.






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