Grève totale en Guadeloupe : un danger pour la métropole ?

écrit par: Molise

A l’entame de la cinquième semaine de grève totale en Guadeloupe, le conflit qui paralyse l’île s’exaspère.

Le collectif Lyannaj Kont Pwofitasyon (LKP) revendique toujours une meilleur répartition des richesses à travers une hausse des salaires ainsi qu’une baisse des prix, le MEDEF local continue de ne proposer que des solutions à son propre avantage et financées par l’Etat (suppression des charges patronales, etc.), et l’Etat tourne le dos aux problèmes avec un mépris ostentatoire : N. Sarkozy et F. Fillon ont annoncé leur ferme intention de ne pas se déplacer ; jetons un voile pudique sur la prestation et la sortie de scène de Y. Jégo et sur la crédibilité des deux médiateurs qu’il a abandonné sur place. Le LKP annonce donc un durcissement du mouvement pour cette cinquième semaine.
La particularité du LKP, c’est que c’est un collectif qui fédère un ensemble de syndicats, d’associations, de partis politiques, etc. qui se sont réunis autour d’un objectif commun : dénoncer la cupidité sans bornes d’une infime minorité –quelques familles, tout au plus- puis la mettre à mal en réclamant un réajustement dans la répartition des richesses en faveur de la population. Le terme de « Pwofitasyon » rend compte de cette cupidité, mais sa traduction, dans les médiats nationaux, en « exploitation outrancière » porte en elle-même, dans cette méchante redondance qui semble vouloir euphémiser une domination pluriséculaire, toute l’arrogance et l’aveuglement du regard métropolitain sur le « statut » des guadeloupéens et plus largement des habitants des DOM. La « pwofitasyon », c’est le goinfrage immodéré, sans gène et agressif, ni plus ni moins. Le terme de « lyannaj », lui, n’a pas été traduit dans les journaux nationaux. C’est bien dommage, car à lui seul, il rend compte de la substance du mouvement : lyannaj désigne l’action de nouer avec une liane. Il signifie donc que les membres du collectif, qui viennent d’horizons multiples, sont très solidement liés pour attendre un but commun et unique au-delà des intérêts individuels, catégoriels ou sectoriels. Ce lien fort et l’unité qui en découle transcendent les divergences et tirent leur légitimité tout à la fois de leur but et de leur raison d’être : mettre fin au goinfrage.

C’est exactement ce type de lien que l’ex-LCR d’O. Besancenot tente d’instaurer avec la création du Nouveau Parti Anticapitaliste. M. Aubry a donc de « bonnes » raisons de « craindre » la propagation du mouvement social guadeloupéen au territoire de la métropole : l’essence même du « Lyannaj Kont Pwofitasyon » pourrait bien inspirer les partis, associations, collectifs, etc. de gauche (sauf le PS, visiblement) pour l’organisation et la structuration d’une contestation sociale de large ampleur.
Le problème des Guadeloupéens, en tous cas celui que dénonce le LKP c’est donc l’appropriation de richesses colossales par un tout petit nombre d’individus et aux dépends de la population. On parle de situations de monopole ou de quasi monopole dans tous les secteurs clé de l’économie –les importations, la distribution, le transport, l’immobilier, etc. mais également de captation d’argent public ou de privatisation de divers « cadeaux fiscaux » par quelques familles békés (blancs pays, descendants des colons) guadeloupéennes ou martiniquaises. Cette appropriation de richesses apparaît comme doublement illégitime car d’une part elle se fait sur le dos de la population de manière directe –les positions de monopole sont très largement responsables d’un « coût de la vie » plus élevé qu’en métropole d’environs 40%- et de manière indirecte –le revenu moyen en Guadeloupe est inférieur de 30% à celui de la métropole en dépit que des sommes astronomiques d’argent publique aient été et soient encore englouties au titre du « développement économique ».

D’autre part, cette appropriation avide de richesses par quelques familles békés apparaît comme illégitime car elle est l’essence et le moteur qui fait –et fera- perdurer une situation néocoloniale (une domination exercée par une minorité et légitimée par la notion de race) qui prend racine dans l’esclavagisme. Invité sur France Inter le dimanche 15 février, R. Soubie, conseiller de N. Sarkozy en charge des questions sociales, a ainsi eu ce commentaire à propos du MEDEF guadeloupéen : « le patronat, je ne dirais pas qu’il joue le jeu [des négociations]… Il y a un passé très difficile… ». Soit un constat lucide de la situation, mais également une élégante façon de se défausser.
Au regard de cette configuration socio-historique particulière, envisager la propagation du mouvement de grève générale au territoire de la métropole apparaît donc pour le moins absurde. Cependant, la structure organisationnelle dont s’est doté la contestation sociale en Guadeloupe est de forme inédite et potentiellement opératoire dans d’autres configurations socio-historique particulières. C’est ce qui inquiète dans certains milieux politiques alors que dans d’autres, on se dit que si la « pwofitasyon » est paroxysmique en Guadeloupe, elle ne lui est pas exclusive.

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4 commentaires déjà:

  1. Molise
    #1

    Erreur à la con : on n’écrit pas « lyannaj » mais liyannaj », à partir de la prononciation « li yàn aj ». Le son « yàn » est par ailleurs commun dans la phonetique bretonne. Que va dire Terreur Graphique ?

  2. Chinaski
    #2

    N’est-ce pas une manière grossière d’insinuer que le groupe bretonnant Tri Yann masque derrière une façade bon enfant le plus dangereux groupuscule de lutte contre la ploutocratie sarkozienne qui soit ?

  3. Molise
    #3

    Selon mon informateur Nick Homooc’h, grand spécialiste du monde arabe et de la Bretagne, un collectif composé de l’Amicale des Marins Prognathes, du fan club de PPDA ainsi que le recordman de France de manger de beurre salé (douze plaquettes en moins de 10 min) s’apprête à bloquer Cancale pour revendiquer la suppression de la TVA sur les produits de première nécessité comme les bulots, le Ricard ou la mousse à raser « spéciale barbes difficiles ». Il réclament également que la saucisse d’oreilles de porc au chouchen et au varech soit classé au patrimoine culinaire de l’UNESCO. Il semble que Tri Yann ait animé le dernier rassemblement du collectif à Tréhorenteuc, durant lequel un vieillard local s’est fait braquer son paquet d’Amsterdamer par un jeune encagoulé.

  4. Chinaski
    #4

    Sans parler de Stephan Eicher et de son brûlot contestataire « Déjeuner en paix », où, je cite, le chanteur « abandonne sur une chaise le journal du matin, et souffle sur les Breizh pour qu’ils prennent ».

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