Israël, tumeur maligne et camp de la paix.

A peine le mouvement de grève générale en Guadeloupe est-il consommé que s’épanouissent à nouveau, telles des renoncules qui flamboient sous la caresse enveloppante d’une touffeur vespérale et printanière, ces milles et une petites occasions quotidiennes d’exécrer son prochain.

Ainsi dans la douillette salle d’attente de mon proctologue.

Cependant que je m’ébaubissais d’y admirer, dans une vitrine en verre finement ciselé, une étonnante collection d’anus artificiels de toutes époques et de toutes origines, notamment un exemplaire ouzbek du XVIème siècle en véritable vessie d’auroch ouvragée au réalisme confondant, j’envisageais, sur une petite console située à coté d’une horloge franc-comtoise cachectique qui me semblait étrangement familière, une revue négligemment posée.

Le « Nouvel Observateur », en l’occurrence, dont je me saisissais sur le champ, non sans m’être assuré au préalable que j’étais bien seul (je l’étais à l’évidence, mis à part cet écorché grandeur nature qui m’exhibait sa tripaille sépia, luisante et craquelée tout en me fixant d’un œil sans paupières, que je ne puis qualifier que de torve), et je me délectais de cette sensation oubliée depuis de longues semaines déjà –le poids, entre mes mains, d’une actualité hebdomadaire.

Comment ce journal était-il arrivé jusque là ? Au prix de quels périls avait-il bravé le blocus, les incendies, les gendarmes et les barrages mobiles, la pénurie d’essence, de rhum, de télénovelas, les ravages du crack et des marges bénéficiaires pour finalement, au bout d’un mois d’errance, arriver ici ? Décidément mon proctologue avait le bras long et fortuné, comme en témoignaient les scanners colo-rectaux signés de nombreuses personnalités du show business, des arts ou de la politique joliment exposés sur les murs de la pièce comme autant de preuves d’excellence : soyez assuré que vous confiez votre fondement à une grosse pointure.

L’exemplaire du journal, dont le papier glacé commençait à se gondoler sous mes doigts moites d’une émotion fébrile, était daté du 5 février 09, avec en couverture cette photo de R. Dati, le port ampoulé, les traits brouillés d’une autruche en déroute, le regard perdu dans un vide qu’on devine tragique.
Allant de surprises en découvertes, je finissais par y rencontrer, page 78, Monsieur Avraham B. Yehoshua, « écrivain israélien partisan depuis toujours du camp de la paix » qui, interrogé à propos d’éventuels crimes de guerre perpétrés par Tsahal à Gaza lors de la « guerre » qui fit plus de 1300 victimes, répond que « Les Israéliens ayant toujours eu conscience de la démographie galopante des Palestiniens, bien supérieur à la leur, il n’y avait aucune raison politique ou militaire, indépendamment de considérations humanitaires évidentes, d’anéantir les populations civiles».
Quelques instants plus tard, penché en avant, les fesses à l’air et saisi d’une brutale envie de gerber, j’écoute mon proctologue, spécialiste ès trous du cul s’il en est, me confirmer qu’à l’évidence, nul philosophe à mèche, nul intellectuel cerclé d’écailles, nul dépositaire autoproclamé de valeurs droit-de-l’hommistes ne s’est manifesté pour relever ou dénoncer ces propos. Les oies blanches de la morale universelle n’ont pas cacardé dans la basse-cour de l’indignation médiatique, probablement avaient elles du foie gras à poêler ou quelques caricaturistes à griller sur la place publique.

Nonobstant quoi mon proctologue et moi avons décidé d’adopter une position dilatoire.