Marc Lévy Style
Dans l’excellent Jourde et Nauleau, précis de littérature du XXIème siècle , aux éditions Mango, les auteurs décortiquent avec un humour féroce la prose des principaux écrivains à succès du moment: Angot, Sollers, Labro, Gavalda et plein d’autres se font intelligemment étriper, et c’est avec un plaisir non dénué d’une certaine perversité que nous contemplons hilares leurs ultimes soubresauts dans une mare d’encre.
Après l’analyse critique des ouvrages de Marc Lévy, sont proposés quelques pastiches d’exercices pour prétendants au Bac de français, dont celui ci:
L’Etranger, d’Albert Camus, commence ainsi:
Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile: « Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. » Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier.
C’est un peu sec, ça manque de vibrations et de sentiment. Vous tenterez de rewriter cette médiocre entrée en matière en vous inspirant des leçons de Marc Lévy.
Corrigé:
La douce lumière de la lune s’étendait sur les grandes lattes de bois fauves du parquet, et venait caresser les très jolis bibelots de collection qui ornaient çà et là les meubles choisis avec un goût très sûr. Par les vastes baies vitrées, on apercevait les vagues qui s’ébattaient sur les sables de Long Island. Pelotonné sous sa couette, Edward dormait profondément. La sonnerie stridente du téléphone vint troubler la quiétude de la nuit. Edward finit par décrocher. Sur la table de chevet, la pendule indiquait 3 h 40.
– Allô ? fit-il d’une voix ensommeillée.
– Edward ?
– Bill ? Qu’est-ce qu’il y a ? Ta dernière conquête t’a posé un lapin et tu éprouves un urgent besoin de tendresse ? Tu t’es encore disputé avec Ellen ?
– Edward…
– Ecoute, vieux, il est bientôt quatre heures du matin, je sais que tu es de garde à l’hôpital et que tu t’ennuies, mais tu dois t’y faire, il arrive aux gens normaux de dormir. Pourquoi n’essaies-tu pas avec une infirmière ? Je croyais que vous en aviez de très regardables, en stock.
– Ed, il s’agit de ta mère.
Edward réalisa brusquement que la voix de son ami, à l’autre bout du fil, trahissait une tension inhabituelle. Sa mère, Shelly, était hospitalisé depuis deux jours au Presbyterian Hospital pour un incident bénin.
– Maman, souffla-t-il d’une voix étranglée.
– Il va te falloir du courage, Ed.
– Mais comment…
– Le coeur a lâché. Elle est morte dans mes bras.
– Maman…
– Elle est partie en paix, Ed. Elle m’a dit qu’elle veillerait sur toi, là-haut.
Quel jour était-ce ? Dimanche ? Edward ne savait plus. Sa pensée s’égarait. Son cri réveilla les échos de la vaste maison.



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